Les beaux jours arrivent ; période idéale pour parler de l’épilation, non ?

En France, l’épilation apparaît en 1945, soit 30 ans après la première campagne publicitaire incitant les femmes à s’épiler aux USA. Dans notre pays, 735 millions d’épilations sont réalisées chaque année, environ 12 750 tonnes de poils ainsi délogés de leur terre natale.

DISCLAIMER : Je ne fais pas cet article dans le but de stigmatiser les femmes qui s’épilent. Je cherche juste à informer, décrypter et encourager chacune à faire un choix libre et pleinement conscient.

 

L’épilation : une norme sociale

L’épilation féminine est une norme comportementale ; elle est prescriptive (recommande ou dénonce certains usages) et répond de ce fait aux critères énoncés par Dubois (1994) en psychologie sociale :

– Cette norme concerne un comportement.
– Elle est définie dans une collectivité donnée : la pratique de l’épilation n’est pas homogène en Europe. Les femmes des pays latins la pratiqueraient plus que les Allemandes et les Scandinaves. Les femmes des pays de l’Est ne pratiquent l’épilation que depuis la chute du mur de Berlin (1989). Et en Afrique la pratique semble rare.
– Cette norme fait l’objet d’une attribution de valeur. D’après Toerien et Wilkinson (2004), un système dichotomique (tout positif ou tout négatif) s’est construit sur le fait d’être poilue ou épilée.
– Cette norme n’est pas réalisée sous la contrainte d’une institution (règles non écrites).
– L’attribution de valeur découlant de cette norme n’est pas soumise au critère de « vérité ». Il n’y a aucune nécessité naturelle à être poilue ou épilée. Les arguments en faveur de l’épilation ne contiennent pas de « vérité » en ce sens.

Ce que la norme prescrit c’est avant tout de ne pas montrer de poils. L’épilation fait l’objet d’un contrôle social : une jeune femme sur trois sanctionnerait une amie non épilée… mais une sur quatre affirme qu’elle est libre de son choix.
En psychologie sociale le contrôle social se définit comme une sanction informelle (regard désapprobateur, remarque désobligeante…) adressée à une personne non conforme.

 

L’épilation : des raisons obscures

Quand on me demande « Pourquoi tu ne t’épiles pas ? », je peux répondre que s’épiler (ou se raser) :
– ça dessèche la peau (les poils ont pour fonction de réguler l’humidité de la peau) ;
– ça fragilise la peau et favorise les infections ;
– ça empêche la diffusion et/ou la production des phéromones ;
– ça fait mal (cire, laser) ;
– ça blesse (rasoir) ou cela occasionne des rougeurs, des boutons…
– ça cause des démangeaisons quand les poils repoussent ;
– ça enlaidit : les poils d’origine sont beaux et doux mais les repousses le sont moins, sans compter la multiplication des poils incarnés ;
– ça fait perdre du temps : pendant qu’on fait ça, on ne fait pas autre chose de plus intéressant ou de plus utile ;
– ça coûte cher (appareils, institut, cire, crèmes) ;
– ça pollue : industrie des crèmes dépilatoires et rasoirs jetables.

Et ces propos sont validés par des études cliniques et des médecins, notamment Catherine Solano, sexologue et Jean-Marc Bohbot. Je vous mets ici le lien d’une émission France Inter sur le sujet : Le microbiote vaginal (trop cute ce nom, on dirait un petit Pokémon bizarre).

 

Et quand je réponds « Et toi, pourquoi tu t’épiles ? », les raisons invoquées sont :

« les poils ce n’est pas esthétique »
Depuis quand ? Une belle dévalorisation du corps des femmes à l’état naturel.
« les aisselles non épilées ça pue »
Les poils ont pour fonction de réguler la sudation… l’arrachage des glandes sébacées à la base du poil suppriment les phéromones indispensables à une communication harmonieuse.
« s’épiler c’est prendre soin de soi »
Abîmer sa peau et souffrir, ce n’est certainement prendre soin de son corps.
« ça fait la peau douce »
Les poils participent aux sensations tactiles. De plus, le rasage doit être quotidien si l’on veut avoir la peau « douce ».
« on le fait toutes »
Beaucoup le font par contrainte ou conformisme.
« c’est une question de respect des autres »
Respectons le choix de celles qui n’ont pas envie d’abîmer leur corps ni de se plier à cette norme sociale.
« je le fais pour mon homme »
L’ a-t-il vraiment demandé ? Beaucoup d’hommes sont aussi aliénés par cette norme car ils se sont construits sans voir de poils sur une femme.

Soit de purs construits sociaux, véhiculés depuis des années par la presse féminine et le marketing.

 

Et moi ?

Moi, j’ai arrêté depuis presque un an de m’épiler les jambes. J’ai passé l’été dernier avec les jambes bien poilues. J’ai mis mes shorts et robes préférés, en travaillant comme conseillère de vente dans le milieu de la cosmétique de luxe. J’étais même guide bilingue et faisait donc face à un public touristique international quotidiennement. Et j’étais fière !
Devinez quoi ? Personne ne s’est permis de me poser une question ou de me faire une réflexion.
Notez que je suis blonde et que mes poils sont blancs, nettement moins visibles donc. La tâche semble alors plus facile, mais là n’est pas le problème. Le problème, c’est de déconstruire dans sa tête ce que l’on nous inculque dès nos 10 ans concernant nos poils. Toutes les filles sont pour la première fois amenées chez l’esthéticienne par leur mère, initées voir forcées à se plier à cette « coutume ». Pour certaines, et j’en connais, c’est pourtant un supplice. Personne n’est égal face à la douleur.
Pourquoi j’ai arrêté ? Je suis très au clair avec ça.
Parce que financièrement, c’est la ruine. Je ne faisais QUE les demi-jambes (mollets pour les non-initiés), le maillot classique et les aisselles (que je rase, plus rapide et pratique). Pour les mollets et trois bandes de cire sur le maillot, comptez en moyenne 25€. Tous les mois. Allez-y, calculez combien ça coûte par an.
Parce que ÇA FAIT MAL. Même si après quelques années, on s’habitue à la douleur. Déjà, vous trouvez ça normal de « s’habituer à souffrir « …? Je suis certaine que ce n’est une partie de plaisir pour personne de se faire coller la peau à la cire (parfois trop chaude) et de se faire arracher bande sur bande sur des zones plus ou moins larges, plus ou moins sensibles.
Parce que ça prend du temps : ça dépend de ce que l’on épile, des compétences de l’esthéticienne et du cadre (domicile ou institut). Moi, en moyenne, c’était une trentaine de minutes.
Parce qu’en vrai, mon amoureux est un homme intelligent et bien élevé. Et que, même si les débuts sont toujours perturbants quand on est habitué à l’autre extrême, il m’aime toujours (je vous jure!) et peut-être encore plus fort d’être capable de faire ce choix. D’ailleurs, comme il est plein d’humour il m’a trouvé un nouveau surnom d’amour : Roger (les préjugés & les poils). Mais on en rigole ensemble et il respecte ma décision.
Concernant les aisselles, je les rase toujours. Je n’arrive pas à me résigner à ne plus le faire, je suis trop conditionnée.
Le maillot par contre…je commence à m’en foutre royalement et ça, c’est une réussite pour moi !
Je ne dis pas que je ne m’épilerai plus jamais : on ne sait pas de quoi la vie sera faite. Par contre, aujourd’hui je peux assurer que je regrette d’avoir commencé à m’épiler car je n’aurai pas eu autant de poils… Une chose est sûre, ma fille sera élevée sans cette injonction !

 

Le fin mot de l’histoire…

C’est que dans tous les cas, vous n’avez à vous justifier auprès de PERSONNE. Mais réfléchissez pour vous-même, êtes-vous pleinement consciente et libre de votre choix ?
Ces raisons sont miennes, je n’attends pas à ce qu’elles soient les mêmes pour toutes ni même que vous les compreniez.
Pratiquez la bienveillance envers autrui : ne le jugez pas sur ces choix. Pratiquez la bienveillance envers vous-même : ne vous infligez pas certaines choses sous couvert de normalité.

 

Source : Norme et contrôle social : le cas de l’épilation féminine

 

 

8 commentaires

  1. Merci pour cet article ! Tout est tellement bien analysé et expliqué.
    J’avoue que je me suis longtemps épilée par conformisme, c’était une véritable corvée, et dans ces moments, je maudissais le fait d’être une femme.
    Maintenant ça va, j’ai pris l’habitude et je sais que je ne me vois pas arrêter de le faire (pour l’instant en tout cas), car je ne trouve ça pas net, négligé (sur moi même j’entends). Et je sais que je suis arrivée à penser comme ça à cause de cette « pression sociale ». En tout cas j’admire les femmes comme toi qui vont à l’encontre de ces normes dictées par la société 😊

    1. Merci à toi pour ton commentaire qui me touche beaucoup ! Je pense que c’est important que l’on en parle et que même les épilées se sentent concernées par cette pression !

  2. Vraiment intéressant et cela fait réfléchir! Moi étant brune je ne me vois pas arrêter , surtout les jambes..
    J’arrive déjà a ne plus m’épiler les cuisses l’hiver (grosse erreur d’avoir commencer étant jeune)

  3. Très intéressant. Je suis très admirative. Je suis également trop formatée pour arrêter. Je suis bien contente de n’avoir jamais fais les cuisses et beaucoup de chance quand me rasant les mollets ça repousse sans poils incarnés ou irritation. En hiver je le fais qu’occasionnellement. Mais en été mon chéri qui remarque mes poils sur les cuisses m’appelle gentiment son petit grizzli (étant blonde). Heureusement pour moi pas de poils sous les aisselles. Je sais je fais de envieuses. Un jour j’aimerai arrêter de raser les jambes mais pas prête pour l’instant.

  4. Coucou Mathilde, je me suis enfin lancée à lire ton article – en fait j’ai surtout PRIS.LE.TEMPS 🙂 – et ton rappel sur une de tes stories récentes là dessus m’a mis le nez dedans ! Je suis ravie de le lire et d’avoir plus d’informations. Moi-même étant blonde j’ai la « chance » que ce soit moins visible sur les jambes que je n’épile que 3 fois par an et encore, dès l’automne sous les jeans je n’y touche plus, la je l’ai fait au printemps car il est vrai que c’est une nuance plus foncée à la repousse mais depuis je n’y ai pas retouché. Pour ce qui est des aisselles, idem sous les pulls et autres je laisse – sauf quand j’ai un débardeur là je dégaine le rasoir ! De temps en temps, je le fais à la crème. Mais c’est long… il faut attendre, alors qu’on pourrait en profiter pour autre chose et on a un peu l’air ridicule avec un bras en l’air à attendre les 6 minutes !
    Mon copain s’en fiche de mon épilation ou non des jambes et puis il n’a pas à décider pour moi. Je ne souhaite pas me retrouver avec les petits boutons rouges sur les jambes dus aux excès d’épilations… Pour le maillot, c’est rare que je le fasse et puis ça évite les mycoses et autres infections. De base c’est fait pour nous protéger !
    Je ne suis jamais allée en institut, je ne fais confiance qu’en « moi-même » là dessus et au vu des commentaires non merci.
    L’autre jour je suis allée à la dermato avec mes jambes toutes poilues et elle n’a rien dit, et quand on remet son pantalon c’est tout caché 😉
    A bientôt !

    1. Coucou Pauline,

      Merci pour ce beau retour, c’est un plaisir de lire un tel commentaire ! Je suis ravie que l’on soit plusieurs à se comprendre et à se soutenir ! À bientôt !

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