Aujourd’hui, j’ai envie d’aborder un sujet complètement différent. Envie, et besoin peut-être ? Parce qu’écrire pour moi a souvent été thérapeutique. Surtout lorsque ce sont des choses difficiles à mettre en mots auprès des proches.

Mes années d’études en psychologie m’ont apportées la certitude suivante : on ne connaît jamais vraiment les autres. Sachez donc que sous mon air jovial, plutôt grande gueule, assez confiante, se cache en réalité une fille terrorisée par la vie.
Au sens propre ; j’ai peur de la vie qui passe. J’angoisse chaque jour qui passe de ne pas avoir profité assez, de ne pas avoir bien vécu…
Je ne sais pas ce qui, en moi, a déclenché ce mécanisme infernal d’angoisse viscérale.

J’avais 17 ans lors de ma première crise et je m’en souviens comme si c’était hier.
Lors d’une réunion familiale, prête à m’endormir, m’est apparue la certitude suivante : je vais mourir. Pas maintenant, pas demain, pas l’année prochaine. Mais je vais mourir. Et mes soeurs aussi. Et mes parents…Et…Et…
J’ai suffoqué, j’ai déambulé dans ma chambre, j’ai répété en boucle que ce n’était pas possible. « Attends quoi ? Mais c’est impossible, quel est le but ? »

Je sais, qu’en lisant ces lignes vous vous dites « ouh la grande révélation, on va tous mourir un jour, ahlalalalaa… ». Et c’est pour ça que je n’en ai jamais parlé à quiconque.
Parce que je me trouve idiote, complètement siphonnée, qu’une chose aussi rationnelle que la mort puisse suscitée une angoisse si irrationnelle.

Parce que j’ai longtemps pensé que tout le monde devait savoir ça, que la vie est ainsi faite et que c’est normal. Je me suis aussi persuadée que mes parents avaient bien fait leur travail en me protégeant de cette révélation bouleversante jusqu’à l’âge tardif de 17 ans et que de nombreuses personnes avaient déjà connu le deuil et la mort à cet âge.

Mais ce n’est jamais passé. C’est ancré en moi depuis.

J’ai vu des psys qui m’ont dit que « j’étais trop stressée », que j’étais le cas typique de la « baignoire » ; je me remplis, jusqu’à déborder… « Il faut penser à fermer le robinet et laisser s’écouler l’eau… ».

Heureusement, j’ai rencontré l’homme avec qui je vis et qui, depuis bientôt 5 ans, me soutient même s’il ne comprend pas.

Vous savez le pire, c’est ça : c’est que les gens prennent pour acquis cette banalité déconcertante. Je sais que c’est comme ça, et point barre. Mais bordel ça me rend folle !

« Dis donc Mathilde, c’est pas un peu des manières ces histoires ? T’arrêtes de faire ta princesse hein, c’est la vie. »

Mais je ne peux pas. Je ne peux tout simplement pas, c’est là. C’est une pierre qui m’écrase la poitrine, d’un coup.
Souvent, au moment du coucher.
Je ne pourrais pas vous l’expliquer autrement : de la peur. Associée à du néant. Parce que de quoi avoir peur quand ça ne concerne rien de plus que la normalité ? L’universalité ? Ce qui fait de nous ce que nous sommes : des êtres humains ! On naît, on vit, on meurt. Basta. On apprend ça en S.V.T en 6ème, Mathilde secoue-toi bordel !

Alors je me relève, je respire fort, je tremble et je sanglote. Mon homme sait qu’il ne peut rien, alors il ne dit rien. Il doit juste attendre que ça passe.
Ensuite, je me vide, au sens littéral du terme. Puis je déambule, d’un point A à un point B, en sanglotant toujours, et en demandant « Pourquoi ? C’est pas possible, ça va aller, mais non… Respire… ».
Généralement, j’en prends pour 2h de crise, le temps que mon corps désature de l’adrénaline et que mes palpitations s’arrêtent. Ce qui me calme, c’est d’être dehors.

Cette intensité, je ne peux pas vous la décrire. Je ne la comprends pas moi-même.

Depuis mes 17 ans, j’ai connu le deuil, d’un peu trop près même. J’ai côtoyé la mort, je suis rationnelle en dehors de ces crises, je la comprends et je « l’accepte ».

Et pourtant, en moyenne une fois par mois, c’est reparti pour un tour. Toujours la même mascarade, les mêmes pensées.
En plus maintenant que je suis profondément amoureuse, Il est entré dans l’équation. Je double mon angoisse et j’angoisse même à l’idée d’être mère un jour, ce qui est pourtant un rêve pour moi, en pensant que je ne pourrais jamais gérer.
Gérer ces pensées concernant les êtres que j’aimerai le plus au monde…

Alors, je fais avec. En sachant pertinemment que c’est extrêmement con et que c’est même sûrement cette angoisse qui finira par m’achever. Mais que puis-je faire d’autre ?
J’ai essayé la relaxation, la méditation. Je fais des exercices de sophrologie quand ça arrive pour contrôler un peu.

Et puis certainement que d’autres personnes sont concernées. Mais vous en conviendrez, ce n’est pas vraiment le genre de discussion que l’on a entre des pintes et un café.
Peut-être que cet article ne sert à rien et qu’il n’a ni queue ni tête. Je ne sais pas pourquoi je l’écris ici d’ailleurs… Une bouteille à la mer sans doute, SOS d’une baignoire en détresse.

– Mathilde

 

4 commentaires

  1. Bonjour Mathilde,
    Je te suis avec beaucoup de plaisir sur Instagram et je n’aurais jamais, mais oh grand jamais imaginé que tu souffrais du même mal que moi. En effet, ton article me fait vraiment écho. D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours eu ces angoisses liées à la mort. Depuis toute petite, c’est quelque chose qui m’obsède. J’ai souvent l’impression que les gens autour de moi le savent, mais ne le réalisent pas vraiment, alors que j’en ai pleinement, totalement conscience: « nous allons tous mourir un jour. » Je vais mourir, je ne verrai plus le ciel si bleu, je n’entendrai plus jamais de musique, je ne verrai plus jamais son sourire… Voilà comment commencent mes angoisses, des listes interminables de choses que je ne pourrai plus faire, et une boule, non, du plomb dans l’estomac, en pensant à ces personnes que j’aime si fort et que je vais laisser derrière moi. Je suis maman depuis 3 mois, et j’aimerais te dire qu’avoir un enfant est salutaire, que c’est une thérapie mais non, c’est le contraire, chaque matin je me réveille en ayant peur qu’il meurt, que je meurs et ne puisse pas le voir grandir, que son papa meurt et qu’on se retrouvent sans repères. Mais cette angoisse Mathilde, c’est aussi notre plus gros point fort, car qui, sinon nous, peut se vanter de profiter si fort de la vie ? D’aimer à la folie ? De savourer chaque instant ? D’une baignoire à une baignoire, je te souhaite une belle vie, longue, entourée des gens que tu aimes. Des bisous, Aurore.

    1. Hello Aurore,

      D’abord merci pour ton commentaire, fort mais bienveillant. C’est toujours mieux de savoir que l’on est pas seule à vivre ça et tes conseils sont d’or !
      Je te souhaite une vie merveilleuse et de profiter de ton petit bout encore plus !

  2. J’ai exactement la même angoisse qui s’exprime de la même manière… au moment du coucher, c’est une véritable crise de panique : tête qui tourne, étoiles dans les yeux, souffle coupé, envie de vomir,…ça dure quelques minutes quand mon cerveau commence à s’emballer mais j’essaye de me concentrer sur les gens que j’aime qui sont là, aujourd’hui et maintenant et j’arrive à contrôler. Sinon il faut que je me lève et que je lise ou que je regarde quelque chose de très léger. Je bloque mon cerveau à toutes ces pensées et ça finit par passer… ça va mieux depuis quelques années, ça ne m’arrive que 3 à 4 fois dans l’année mais j’ai eu une période où c’était quasiment tous les soirs… Je pense que ça révèle juste d’autres angoisses mais c’est vrai que lorsque j’ai pu aborder le sujet avec d’autres personnes, c’est en effet la réponse classique de « oui ba c’est comme ça on peut rien y faire! » mais j’ai l’impression que les gens ne réalisent pas vraiment ce que mourir veut dire, comme si c’était seulement une réalité lointaine alors que pour moi l’angoisse est aussi forte que si ça devait arriver demain… Malheureusement mon commentaire n’apporte pas de solution mais sache que tu n’es pas seule à avoir ces angoisses!

    1. Hello Soazic,
      Merci de prendre le temps de me lire et de me répondre. Comme tu dis, pas de solution mais savoir que l’on est pas la seule est une aide ! Je te souhaite plein de bonnes choses 🙂

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